Extrait de l’article écrit Par Isabelle do O’Gomes

Anne-Sophie Joly, fondatrice et présidente du Collectif national des associations d’obèses (CNAO), publie le 29 février 2024 un livre manifeste intitulé Je n’ai pas choisi d’être gros.se, où elle témoigne de ses 21 ans de combats contre la grossophobie. Sciences et Avenir est allé à sa rencontre.
Anne-Sophie Joly : Oui, c’est un cri d’alarme, de désespoir, mais aussi une volonté de rétablir un peu de bienveillance. Car l’obésité n’est pas un choix de vie. On ne se réveille pas un matin en se disant : « Je vais prendre 70 kg. »
Derrière cette prise de poids, se cachent souvent des trajectoires de vie compliquées, une prédisposition génétique, une estime de soi en berne, la pauvreté, un environnement obésogène favorisant la consommation de produits à faible valeur nutritionnelle, un mode de vie inadapté (travailler en horaires décalés, par exemple), la prise de médicaments ; un ensemble de facteurs qui conduisent à une dérégulation du métabolisme (l’ensemble des réactions chimiques qui se déroulent dans l’organisme). Une fois la machinerie interne déréglée, il est difficile de revenir en arrière. Un cercle vicieux se met en place, où la discrimination et la stigmatisation aggravent la situation.
« Une graisse plus rigide, moins plastique et plus difficile à éliminer »
Dans votre livre, vous rappelez souvent que l’on associe à tort l’individu en situation d’obésité à une personne sans volonté, incapable de contrôler ses pulsions alimentaires, alors qu’aujourd’hui, l’obésité est reconnue comme une maladie.
Le grand public l’ignore souvent, mais depuis 1997, l’Organisation mondiale de la santé définit l’obésité comme une maladie caractérisée par une accumulation excessive de graisse corporelle, associée à des modifications du tissu adipeux. Ce dernier, dont la fonction est de stocker l’énergie sous forme de graisse dans des cellules appelées adipocytes, subit des altérations avec la prise de poids. L’accumulation de graisses déclenche une inflammation, c’est-à-dire une réponse du système immunitaire. Cette dernière favorise à son tour un durcissement des tissus autour des adipocytes, rendant la graisse plus rigide, moins plastique et plus difficile à éliminer. À ce stade, le corps a tendance à accumuler de plus en plus de graisse, et parallèlement, il est de plus en plus difficile de la « déstocker ». Nous sommes bien là face à une maladie métabolique.
Sortir de ce cycle infernal nécessite une prise en charge médicale. Il y a encore des gens qui pensent qu’il suffit de faire du sport et de suivre un régime pour qu’une personne atteinte d’obésité retrouve son poids de forme. Dirait-on à un tuberculeux qu’il lui suffit de prendre l’air frais pour que sa maladie disparaisse ?
IMC : un indicateur nécessaire mais pas suffisant
L’indice de masse corporelle (IMC) est un outil largement utilisé pour évaluer si une personne est en surpoids ou en état d’obésité. Un IMC (calculé en divisant le poids par la taille au carré) entre 25 et 29,9 indique un surpoids, entre 30 et 34,9 une obésité, entre 35 et 39,9 une obésité sévère, et au-delà, une obésité massive. Pourtant, cet indicateur présente des limites, car il ne prend pas en compte la variation de la masse osseuse ou musculaire entre les individus, ni la répartition des graisses dans le corps. Pour une évaluation plus précise de la composition corporelle et de la répartition des graisses, l’impédancemétrie est un examen complémentaire utile. Il permet de distinguer la masse grasse de la masse musculaire, offrant ainsi une vision plus précise de la santé corporelle. En outre, il est important de tenir compte des différences entre hommes et femmes : les femmes ont naturellement une proportion de masse graisseuse plus élevée que celle des hommes. Une autre mesure simple mais révélatrice est le tour de taille. En mesurant celui-ci juste au-dessus de la pointe des hanches, on peut estimer la présence de graisse abdominale, associée à des risques de troubles métaboliques. On parle d’obésité abdominale lorsque le tour de taille dépasse 100 cm chez les hommes et 88 cm chez les femmes.
« Les personnes les plus touchées par cette maladie sont souvent issues de milieux sociaux moins favorisés »
Par conséquent, recommandez-vous aux personnes atteintes d’obésité de consulter plutôt que de se lancer dans des régimes qui, à terme, pourraient aggraver leur prise de poids ?
Certaines personnes atteintes d’obésité estiment ne pas être malades car elles ne présentent pas l’une des 18 pathologies associées à l’obésité. Cependant, même sans symptômes apparents, l’obésité déclenche une altération du fonctionnement des tissus adipeux. Une prise en charge précoce par une équipe pluridisciplinaire, combinée à une perte de poids modeste de seulement 5 %, peut réduire significativement le risque d’induire plus tard une pathologie associée. Voilà ce que l’on peut dire théoriquement.
En pratique, les personnes les plus touchées par cette maladie sont souvent issues de milieux sociaux moins favorisés. Leur priorité n’est pas la surveillance de leur poids, mais plutôt d’arriver à joindre les deux bouts. Pour en savoir plus https://www.sciencesetavenir.fr/nutrition/obesite-comme-il-y-a-un-plan-cancer-il-faut-une-strategie-de-lutte-contre-cette-maladie-multifactorielle_177000